La Seconde Guerre mondiale à hauteur d'enfants
Pour la majorité des Français, la Seconde guerre mondiale, bien que déclarée en septembre 1939, commença réellement lorsque l’Allemagne lança sa grande offensive vers l’Ouest le 10 mai 1940, marquant le début de la bataille de France.
Après neuf mois d’attente, une période que l’on nomma la « drôle de guerre », les blindés allemands, en seulement cinq jours, traversèrent la Meuse, prirent trois villes clefs (Monthermé, Dinant et Sedan), et effectuèrent une percée de 90 kilomètres dans laquelle s’engouffrèrent un nombre considérable d’unités allemandes qui piégèrent les soldats en Belgique et en repoussèrent des milliers d’autres, français et anglais, vers la côte, aux environs de Dunkerque.
La guerre s’abattit sur la France comme un raz-de-marée.
Les combats de 1940 se déroulèrent principalement dans le Nord et l’Est de la France. Ils furent accompagnés par un exode massif des populations civiles, venues d’abord des Pays-Bas et de la Belgique, puis du Nord et du Pas-de-Calais, et enfin d’autres régions qui subirent l’invasion à leur tour.
Environ 6 à 8 millions de personnes, dont un tiers à la moitié étaient des enfants, fuirent les zones de combat.
Les familles emballaient leurs affaires et quittaient leur foyer en voiture, à bicyclette, en charrette et même à pied. Si l’on en croit une estimation, sur les 400 000 personnes qui vivaient dans les régions industrielles de Lille, Roubaix et Tourcoing, seuls 40 000 s’y trouvaient encore à la fin du mois de mai 1940.
Pour des millions d’enfants de France, l’exode fut la première expérience de la guerre.
Les enfants qui, en 1940, prirent part à l’exode ou en furent les témoins, gardèrent un souvenir précis de ce moment.
Témoignage de Raymond Ruffin,11 ans en 1940 : « De longues colonnes de réfugiés affluent dans des attelages disparates et hétéroclites. Aux lourds chariots traînés par de gros chevaux roux aux longues crinières blondes, menés par des Belges et des gens du Nord, succèdent maintenant des convois de véhicules de toutes sortes ; cela va des charrettes et des carrioles aux guimbardes asthmatiques, le tout accompagné de vélos, de landaus d’enfant, de voitures à bras, de brouettes, traînés, poussés, par des piétons éreintés, haletants, dépenaillés. Cette cohue bouillonne de cris, d’imprécations, d’insultes, de pleurs de gosses. »
Le témoignage de François Pakonyk, qui avait huit ans en 1940, et avait fuis avec ses parents et ses cinq frères et sœurs décrit l’horreur qu’il ressentit durant ces semaines en voyant "les soldats blessés, les réfugiés belges affamés, les magasins pillés et en manquant d’être séparé de sa famille près d’une douzaine de fois."
« Je suis marqué pour la vie par ce mois de juin 1940 » disait-il.
Un garçon de quinze ans venant de Lille ne fut pas aussi chanceux. En mai 1940, sa famille prit part à l’exode des populations qui fuyaient la ville. Sa mère et son oncle partirent en charrette et lui suivit derrière à bicyclette. Dans la confusion, il fut séparé de la charrette de sa mère, la perdit de vue et erra sans but jusqu’en juillet 1940, avant de pouvoir rentrer chez lui. Un an plus tard, sa mère n’était pas encore rentrée.
Témoignages extraits du livre La bataille de l’enfance par Sarah Fishman
Traduit par Johann Maunet, Presses universitaires de Rennes
Après l’armistice du 25 juin 1940, tous les journaux français publiaient des annonces de parents cherchant à retrouver la trace de leurs enfants.
La plupart finirent par y arriver.
La Croix-Rouge française faisait état de 90 000 enfants perdus à l’été 1940.
Le film Jeux interdits de René Clément rend bien compte du traumatisme de l’exode sur les enfants. Paulette, une fillette de cinq ou six ans, perd ses parents dans un mitraillage aérien tandis qu’ils cherchent à fuir Paris pour se rendre dans le Sud pendant la bataille de France. La petite fille est recueillie temporairement par une famille de paysans.
De 1939 à 1945, la Seconde Guerre mondiale est le plus violent et le plus meurtrier des conflits vécu par les hommes.
On estime entre 40 et 50 millions le nombre de civils morts du fait de la guerre, ainsi que des millions de malades, de blessés et de déplacés.
Une part notable d’entre eux sont des enfants, à savoir des personnes de moins de 18 ans.
Selon les pays, selon la durée des occupations et des bombardements, selon les groupes sociaux, les réalités vécues par les mineurs ne sont pas les mêmes mais l’impact de la guerre a été profond.
Les enfants ont été confrontés à des défis immenses : séparation familiale, malnutrition, traumatismes psychologiques et parfois même la mort.
Durant cette période de débâcle, de nombreux enfants se trouvent livrés à eux-mêmes, subissant les privations de nourriture, d’eau, de logement, d’habits…
Pour celles et ceux qui parviennent à échapper aux zones de combat et à trouver des hébergements plus au sud, la rupture avec l’espace, les habitudes et les rythmes du quotidien est néanmoins profonde. Quels que soient leurs sorts, les enfants doivent prendre des responsabilités supplémentaires pour aider ou se substituer à leurs parents, doivent quitter l’école et travailler, recourir au vol ou au marché noir selon les situations…
Dans de nombreux pays, trouver de la nourriture devient un enjeu majeur, avec le rationnement et le développement progressif d’une alimentation de guerre (rutabagas, topinambours, farines et huiles de marrons d’Inde…).
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